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Joël Le Bigot — Samedi, 22 juin 2019

Quatre heures d'émotions fortes en hommage à la vadrouilleuse Francine Grimaldi

Ève Christian et Francine Grimaldi
Pour souligner le départ à la retraite de Francine Grimaldi, la collègue Eve Christian a appris à nouer un turban. L'émission est entièrement consacrée à Francine.
Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

« Je suis une touche-à-tout, dit Francine Grimaldi. Je n'ai jamais eu envie d'être spécialiste de quoi que ce soit. » Colorée, passionnée, constamment émerveillée, elle aime la culture sans distinction et y pose un œil dénué d'élitisme, formulant des critiques en laissant toujours son ego de côté. Toute l'équipe rend hommage à sa vadrouilleuse en compagnie de nombreux invités alors qu'elle prend sa retraite après 50 ans de carrière.

En rencontrant la dame extravagante et souriante d'aujourd'hui, on peine à croire qu'elle a déjà été une jeune femme toujours vêtue de noir, qui ruminait des pensées existentialistes. C'est sa rencontre avec le peintre Jean-Paul Mousseau, le premier à avoir réussi à lui faire porter une robe rouge, qui lui a permis de découvrir son amour des tenues colorées… et de la vie en rose! « En vieillissant, j’apprécie davantage la vie. Les choses me semblent lumineuses », dit Francine Grimaldi.

Sa carrière, bien remplie, a commencé dès l'enfance au sein de la troupe de théâtre de son père, Jean Grimaldi. À notre micro, elle se rappelle ce père sévère mais talentueux et inspirant, puis elle évoque de nombreux souvenirs de télé et de radio.

« Je me suis donné comme mission de ne laisser tomber personne, et de couvrir la culture de façon exhaustive. »

Francine Grimaldi

Francine Grimaldi
Francine Grimaldi lors de sa toute dernière journée de travail à Radio-Canada, le 22 juin 2019.
Photo : Radio-Canada/Laurent Boursier

Des témoignages d'amour
À notre micro, des personnalités phares de la culture québécoise se succèdent et évoquent leur respect comme leur amour de Francine Grimaldi, un trésor national au sujet de qui les paroles élogieuses sont intarissables.

Jacques Matte, directeur du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue
« Francine Grimaldi a été la première à venir en Abitibi à notre festival de cinéma international, dont l'ambition rendait les gens sceptiques au début. On avait besoin de cette reconnaissance. Francine est curieuse, et elle est toujours restée jeune. Elle a une grande qualité : celle de donner la chance au coureur et de s’intéresser au travail des jeunes artistes ».

Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil
« Francine est la journaliste ayant assisté au plus grand nombre de spectacles du Cirque du Soleil. Je l'ai rencontrée pour la première fois en 1984, à Sainte-Thérèse. Les pluies torrentielles de la veille avaient complètement anéanti le chapiteau, mais Francine s'est tout de même rendue à la conférence de presse – elle était la seule journaliste sur place. Elle est tout de suite devenue notre journaliste chouchou. »

Denise Filiatrault
« J’ai travaillé souvent pour sa mère à l’époque. On allait jouer à Sept-Îles, et la charmante Francine avait 15 ans et nous accompagnait sur la route. Ce sont d'excellents souvenirs pour moi. »

Lamine Touré, propriétaire du Club Balattou
« Francine, pour moi, elle est de la famille. Elle est comme ma sœur. Elle a tout fait pour moi. Quand elle vient au Balattou, c’est pour travailler, mais ce qui est bien, c'est qu'elle vient aussi pour faire la fête avec moi. Je serai toujours là pour elle. »

Francois Gourd, de l'Université de Foulosophie
« Je me souviens de Francine dans des temps festifs, sa généreuse poitrine dénudée… Je me souviens de Francine récitant un poème en espagnol. Je me souviens de Francine sur un char allégorique de carnaval à Port-au-Prince, en Haïti. »

François Gourd et Francine Grimaldi
Le « foulosophe et niaisologue » François Gourd se souvient des plus folles années de Francine Grimaldi.
Photo : Radio-Canada/Laurent Boursier

Domnique Michel
« Francine n’a jamais snobé la culture populaire et la comédie, car elle savait, par l’entremise de son père, à quel point ce travail comique était précieux et pas si facile. »

André Ménard, fondateur du Festival international de jazz de Montréal
« Francine est un exemple pour moi. Je consomme pas autant de culture qu’elle, mais je la talonne de près, et son assiduité a toujours été un modèle pour moi. Je la trouve tout simplement exemplaire. »

Michel Tremblay
« Dans sa jeunesse, en tant que comédienne, Francine savait tenir tête à Manda Parent et La Poune. Ce n'est pas rien. Elle avait une présence et un grand sens de la réplique. Dans une lecture des Belles-sœurs organisée par Denise Filiatrault, Francine était extraordinaire dans le rôle d’Olivine Dubuc. Dix ans plus tard, elle a repris ce rôle dans un contexte similaire, et elle était épatante de drôlerie. »

Louise Forestier
« Francine n’est pas tuable. Elle est fondamentalement bienveillante dans ses critiques, mais elle n'est jamais insignifiante. Je ne crois pas qu’elle prendra vraiment sa retraite. On va continuer à la voir partout, j’en suis sûre! J’espère qu’elle va écrire un livre sur les artistes qu’elle a tant aimés. »

Marc Laurendeau
« Pendant plus de neuf ans où je la cotoyais au quotidien, elle m'a ébloui. Dans un siècle, les historiens diront d'elle qu'elle a été la Shirley Temple du Québec. Ils diront que Francine Grimaldi a commencé sa carrière de comédienne à l’âge de 18 mois dans les pièces que produisait son père. Qu'enfant, elle a joué la petite fille sage en tutu puis la diablesse au joli minois. Qu'elle a donné la réplique à des stars comme la Poune. Que son charme et son talent opéraient déjà. Qu'à la radio, sa couverture des spectacles ont fait de Francine Grimaldi la vadrouilleuse, assez justement parce qu’une vadrouille, cela égratigne rarement. Qu'elle initiait un large public au Festival des Cannes, à l’Opéra de Montréal et aux Foufounes électriques. »

Chloé Sainte-Marie
« Quand je côtoyais Francine dans notre maison de L'Isle-Verte, c'étaient des moments hors du temps. Elle aime la vie; c'est une jouisseuse de tout. Elle partageait avec Gilles Carle la passion du café. Hommage à Francine Grimaldi, femme astrale tous azimuts, qui avait la boussole de la découverte artistique à portée de cabestan. »

Chloé Sainte-Marie
Chloé Sainte-Marie, une amie de Francine, est venue lui chanter la pomme.

Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal
« J'apprécie sa bienveillance, dénuée de snobisme. Elle est aussi l'une des rares à couvrir aussi assidûment la culture pour jeune public. Francine comprend que nous sommes privilégiés de vivre dans une ville aussi dynamique, et sa manière d'en profiter, avec autant de positivisme, est rafraîchissante. »

Lorraine Pintal, directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde
« Je suis très émue de rendre hommage à Francine. La première fois que je l'ai vue, elle jouait une serveuse dans une série à la télé dans laquelle j'étais figurante. J'étais très impressionnée par Francine, et par tout ce qu'elle représente dans le Montréal artistique. Je l'ai toujours trouvée admirable parce qu'elle est ouverte à la culture populaire comme à l'art le plus pointu. Je ne sais pas ce que nous ferons sans elle. »

Caroline Jamet, directrice générale de la radio de Radio-Canada
« Il me fait plaisir d'offir un cadeau à Francine, en guise de témoignage d’affection de la part de tous les collègues de Radio-Canada. Tout au long de votre carrière, vous avez été une pionnière. Vous avez activement participé à l’évolution de Radio-Canada. »

Jacques Houde, ancien animateur de Radio-Canada
« Nous avons duré dans ce métier. Quel bonheur ce fut de le faire ensemble. Merci à Francine pour sa fidélité. Elle n’a oublié aucun de mes anniversaires. »

Et l'hommage final et sincère de Joël Le Bigot

« Inattendue, inespérée, insolente, inusitée, savoureuse, bouleversante, sulfureuse et tumultueuse : vous êtes aussi la personne la plus droite, la plus sincère, la plus amicale; celle sur qui j'ai pu compter toute une vie; celle qui jamais ne trompe et jamais ne ment. Vous ne pouvez pas imaginer le plaisir de connaître quelqu'un comme vous. Ça a été une grande partie du bonheur de ma vie. »

Joel Le Bigot


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