Daniel Pantchenko, Jeudi, 26 février 2009

L'émotion, sans réserve

Cheveux rouges, voix superbe, transe totale, Chloé Sainte-Marie conjugue racines ancestrales françaises, folk québécois et battements de cœur amérindiens, dans un chant de toute beauté. Et générosité.

par Daniel Pantchenko

La future Chloé Sainte-Marie, cinquième d’une famille de sept enfants, est née près de Drummondville, à une centaine de kilomètres de Montréal. Baptiste fanatique, son père mène durement son petit monde : lecture de la Bible et cantiques au menu quotidien... Le milieu catholique, hostile, rend la vie plus difficile, encore, dans le village. Heureusement, la musique adoucit un peu les mœurs : "Ma mère jouait de l’accordéon, du piano, de l’orgue (elle m’y a mise à treize ans), et si je n’aimais pas les cantiques, je m’aperçois qu’ils étaient assez beaux et il m’en est resté quelque chose dans la gorge."

En fait, dès l’âge de cinq ans, elle rêve de théâtre, monte des petits spectacles avec d’autres gamins. Par manque de culture – "Je n’avais lu que la Bible !" –, elle rate l’entrée dans une école de théâtre, mais reviendra à celui-ci via la rencontre du cinéaste Gilles Carle, dont elle devient la compagne. Elle a dix-huit ans ; lui quelque trente-cinq de plus, qui va marquer les années 70/80 par sa liberté de ton et son sens aigu de la provocation (La Vraie Nature de Bernadette, Les Mâles, La Mort d’un bûcheron...). Il la baptise Chloé Sainte-Marie (clin d’œil, peut-être, à Buffy, la fameuse chanteuse indienne, qu’elle ne connaît pas alors...) et la fait jouer en 1986 dans La Guêpe. Un premier film mal accueilli au Québec, mais primé au Festival de Pau, la jeune femme triomphant ensuite, en Avignon (en 1989), dans La Terre est une pizza.

Malgré l’adversité, elle tient le premier rôle de nouveaux films de Gilles Carle (La Postière en 92, Pudding chômeur en 96) et se tourne vers la chanson... Fascinée par l’esprit surréaliste d’un ami de Carle nommé Fernando Arrabal (excusez du peu), elle lui demande des textes. Il écrit l’album entier, L’Emploi du temps (musiques de Claude Engel), qui est cependant sèchement critiqué à Montréal, lors de sa sortie en 1993.

L’estimant raté côté arrangements et réalisation, Chloé poursuit son travail de comédienne et rêve d’un autre CD plus proche d’elle et avec des poètes québécois. Elle attendra l’automne 2000, pour Je pleure, tu pleures, salué par sept nominations au gala annuel de l’Adisq, les Victoires du Québec.

De plus en plus sensible à l’histoire des Indiens, elle part à leur rencontre, apprend à chanter dans leur langue et enregistre l’an dernier Je marche à toi, avec des textes en français, en anglais mais, aussi, en inuit... En France, son spectacle du même nom (en compagnie de deux multi-instrumentistes : Yves Savard et Louis-Jean Cormier) a déjà emballé le Chaînon Manquant et le festival de Montauban ; il nous arrive cet automne – en tournée puis à Paris –, en compagnie de l’album.

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