Le Nouvelliste, Culture
Lord Edwin Byron — Mercredi, 29 avril 2015

Les nuits amérindiennes donnent rendez-vous avec l'Histoire

photo Josue Azor
Rodney Saint-Eloi au milieu des deux présidentes d'honneur:
Yanick Lahens et Joséphine Bacon (à gauche)
Photo : Josué Azor

photo Josue Azor
Le panel
Photo : Josué Azor

Après les Rencontres québécoises organisées en 2013, caractérisées par un climat d'échange, c'est avec les « Nuits amérindiennes » que se poursuit « l'expérience du vivre-ensemble, du donner et du recevoir ». Une façon claire pour Rodney Saint-Eloi, instigateur de l'événement, de souligner la valeur de ces rencontres qui constituent un important vecteur d'échange culturel entre Haïtiens, Québécois et Indiens.

Du 6 au 10 mai, la culture amérindienne sera dans nos murs. A FOKAL, au Centre culturel Pyepoudre, au Centre d'art, au Parc de Martissant, au Bureau national d'ethnologie, à la Direction nationale du livre, Yanvalou Café bar Restaurant et à la Bibliothèque nationale d'Haïti. Des livres qui interpellent. Des auteurs qui captent. Joséphine Bacon et Yanick Lahens, les deux présidentes d'honneur, partagent ce même ideal, à savoir que la culture n'a pas de frontière.

Dans une note de Mémoire d'encrier envoyée à la rédaction, Rodney Saint-Eloi s'exprime sur son initiative. « Nous avons rendez-vous avec l'histoire. 33 auteurs et intellectuels débarquent en Haïti début mai pour évoquer cet héritage amérindien qui nous a échappé. Il y a une histoire à partager entre nous. Il y a une nouvelle page d'histoire à écrire. C'est le sens de cette rencontre, précise Rodney Saint-Éloi, initiateur du projet Les nuits amérindiennes. Quand des amis québécois cherchent à savoir pourquoi ces Nuits amérindiennes, je réponds, dit-il, que le mot Ayiti est un mot indien qui veut dire terre montagneuse. Nous sommes alors tous des Indiens d'Amérique. Rencontrons-nous à travers la musique, la poésie, la littérature, le théâtre. Nous sommes ici pour le donner et le recevoir. Dans le désir d'un vivre-ensemble, qui laisse place à l'avenir et à l'espoir. C'est une histoire coloniale violente et difficile à raconter. Mais il nous faut la raconter par nos propres voix pour pouvoir l'exorciser. Nous ne sommes pas là pour réactiver les ressentiments ni les blessures de cette histoire qui nous a fragilisés, voire déshumanisés. Nous sommes là pour dire l'urgence de cette parole amérindienne qui n'a jamais été racontée au monde de cette manière-là. Peut-être que là se trouve justement le fondement d'une nouvelle humanité. »

La découverte de Rita Mestokosho, de Chloé Sainte-Marie tient le coup. La poésie et la musique s'annoncent en berceau. Des croisements de regards aussi. La redécouverte de Joséphine Bacon, admiratrice de la première République noire du monde, s'avère très fructueuse. Sa fougue poétique, déjà soumise à l'appréciation des Haïtiens à l'occasion des Rencontres québécoises en 2013, ne sera pas en berne. Encore moins en veilleuse. Sa vivacité aux côtés de son éternelle complice Chloé Sainte-Marie, le jour du lancement, promet du renouvellement. Ce n'est pas son poème intitulé Haïti qui démentirait son amour pour cette terre qui s'est taillée une place de choix dans son inconscient:

« Haïti, mon ami
Mon souvenir
Je sais où te trouver dans ma mémoire »

« La rencontre des Amérindiens du Canada, c'est pour nous une manière de recalculer la direction de notre trajectoire. Redessiner les contours d'une Amérique bien plus en phase avec elle-elle », pour paraphraser Yanick Lahens, le Fémina 2014, qui affirme qu'elle ne veut pas une mémoire coupée ou fragmentée. Sa vision du monde la pousse. Mais ne la contraint pas.

Frantz Carly Jean Michel de la Direction nationale du livre a situé pour sa part la rencontre dans le cadre du prolongement de Les rencontres québécoises. Les auteurs amérindiens se rendront dans les écoles de Port-au-Prince et feront une tournée dans une ville de province, peut-on lire dans la même note. « Pour nous à la DNL qui a pour attribution majeure la promotion de la culture du livre et de ses dérivés, il s'agit d'un double événement. Du point de vue historique, les Amérindiens sont considérés comme les premiers habitants de l'Amérique. Ce qui leur vaut toute cette affection. Sur le plan culturel, c'est un excellent prétexte pour nous plonger, les yeux émerveillés, dans la civilisation des premières nations et apprécier ce que les livres racontent et que nous ignorions jusqu'à cet instant magique où nous avancerons le cœur en ébullition dans la splendeur étoilée des nuits amérindiennes. »

Nombre d'activités sont prévues dans le cadre de cette première édition qui réunira une trentaine d'écrivains et quelques dizaines d'éditeurs. Des foires de livres amérindiennes à la librairie La Pléiade et à Communications Plus. Une visite guidée à Port-Salut et des rencontres dans des établissements scolaires sous le sceau de la Direction nationale du livre (DNL). Tout un assortiment de rendez-vous sera offert, dont « La rencontre des peuples du Nouveau Monde » à la Bibliothèque nationale d'Haïti, sous l'égide de l'Université de Montréal, « Du poème à la chanson » à la Direction nationale du livre avec Chloé Sainte-Marie et les interprètes Samain, pour ne citer que ceux-là. Il y aura aussi des ateliers de théâtre et de slam au centre culturel Pyepoudre.

« Les nuits amérindiennes, c'est une suite de rencontres et de belles surprises », dixit Yanick Lahens. « Une occasion de partager le bonheur de la culture amérindienne sur la terre d'Haïti que je porte aux tréfonds de mon cœur », renchérit Joséphine Bacon. Bref, une opportunité de faire appel à la mémoire amérindienne, une mémoire commune qui redessinera notre histoire collective.

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