Le Devoir, Société / Santé
Caroline Saint-Pierre - La Presse canadienne — Vendredi, 22 juillet 2016

AIDANTS NATURELS - La Maison Gilles-Carle fermée pour dix semaines

Maison Gilles-Carle
Photo: Fondation Maison Gilles-Carle
Seize employés sont touchés par la fermeture temporaire de la Maison Gilles-Carle. La réouverture est prévue pour le 17 octobre.

Les aidants naturels bénéficiant d’un peu de répit grâce aux services offerts par la Maison Gilles-Carle, à Cowansville, ont appris une bien mauvaise nouvelle, jeudi matin. La perte de deux subventions force en effet l’établissement à fermer ses portes temporairement, soit pour une période de dix semaines.

Ouverte en 2012 après un déménagement depuis Saint-Paul-d’Abbotsford, l’établissement de Cowansville offre des moments de répit aux proches de personnes souffrant d’incapacité temporaire ou permanente en les accueillant pour de courtes périodes.

Le vice-président du conseil d’administration du Regroupement Soutien aux aidants de Brome-Missisquoi, Richard Leclerc, s’est désolé, jeudi, d’annoncer que la perte d’environ 200 000 $ en subventions oblige la maison fondée par Chloé Sainte-Marie à cesser temporairement ses activités, qui permettent pourtant au gouvernement québécois d’économiser, selon lui.

Il affirme en effet que les services offerts par l’établissement permettent aux bénéficiaires de demeurer plus longtemps à la maison plutôt que de devoir être hébergés en CHSLD.

Service essentiel

« Nous, on offre du répit aux aidants, à ceux qui gardent leur parent, leur être cher à la maison. On fait économiser ainsi au gouvernement beaucoup d’argent », a indiqué M. Leclerc.

« Il y a 1,2 million d’aidants au Québec, et ces 1,2 million d’aidants, ça veut dire 1,2 million de personnes malades. […] Si toutes ces personnes cessent de donner du répit et de prendre soin de la personne malade, ça veut dire que l’État, les CHSLD, les centres hospitaliers meurent ; ils meurent de surcharge », a pour sa part lancé la porte-parole et fondatrice de la Maison, la chanteuse Chloé Sainte-Marie, qui a été aidante naturelle auprès de son époux, le cinéaste Gilles Carle, pendant de nombreuses années.

« Combien de fois on m’a dit, quand j’étais épuisée : “Viens le parquer à l’urgence.” Mais ça coûte combien à l’État, parquer un malade à l’urgence ? » a-t-elle souligné.

Vive émotion

Comme elle sait très bien ce que vivent les personnes chargées de prendre soin d’un être cher, Chloé Sainte-Marie a été atteinte droit au coeur par l’annonce de la fermeture temporaire.

« Je ne sais pas quel mot mettre sur une émotion pareille, c’est trop fort. C’est comme enlever le lait maternel à un bébé naissant. Les maisons de répit, c’est la nourriture de l’aidant, parce que c’est son repos, c’est son répit. On prend la personne malade, on l’emmène à la Maison Gilles-Carle, et l’aidante peut se reposer chez elle », a-t-elle dit.

M. Leclerc dit souhaiter que Québec accepte de verser à la Maison Gilles-Carle un financement récurrent, qui lui permettrait de poursuivre ses activités de façon permanente plutôt que de devoir courir les subventions chaque année. Il ajoute avoir eu des discussions avec le gouvernement à cet effet, mais qu’il n’a senti de ce côté« aucune urgence d’agir ».

Du côté du ministère de la Santé, on indique cependant que les coupes des deux subventions à l’établissement cowansvillois ne relèvent pas de ses dossiers, ajoutant que le ministère finance la Maison Gilles-Carle depuis des années et renvoyant plutôt la balle au ministère des Aînés.

Le ministère des Aînés indique pour sa part qu’un financement est versé à l’Appui pour les proches aidants d’aînés, et que les décisions précises, quant au versement des subventions, sont ensuite prises au niveau régional, soit l’Appui de la région de la Montérégie dans le cas de l’établissement de Cowansville.

Seize employés sont touchés par la fermeture temporaire de la Maison Gilles-Carle. La réouverture est prévue pour le 17 octobre.

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