Canoë, Divertissement - Musique
Ismaël Houdassine — Jeudi, 2 octobre 2014

L'album de la renaissance pour Chloé Sainte-Marie

photo PierreDury
Photo : Sébastien St-Jean
Chloé Sainte-Marie lors du lancement de son album À la croisée des silences, au restaurant Robin des Bois, à Montréal.

Chloé Sainte-Marie a choisi l'automne pour lancer son septième album, deux disques emmitouflés dans un recueil de poésie. Elle offre À la croisée des silences, une oeuvre chaude et douce pour dire enfin un dernier adieu à son Gilles Carle.

Lorsque Chloé Sainte-Marie apparaît pour le lancement de son album au bistro Le Robin des Bois à Montréal, elle est déjà au milieu de son public. Avant d'embarquer sur scène, elle embrasse au passage ceux qui sont venus écouter quelques morceaux de son nouveau disque, disponible dans les magasins depuis mardi.

« J'interprète plusieurs chansons, a-t-elle expliqué en entrevue. Je le fais humblement et en toute complicité avec le public ».

Devant ses admirateurs, l'artiste a débuté avec la chanson Lassitude, symbole musical de ce qu'elle a vécue ces dernières années. Après avoir accompagné jusqu'à la mort son compagnon, le réalisateur Gilles Carle atteint de la maladie de Parkinson, Chloé Sainte-Marie veut extirper tout son passé.

« C'est un poème qui parle de ma vie avec Gilles Carle, a-t-elle raconté. Il représente toute la souffrance d'avoir laissé partir l'homme que j'aime. Il parle aussi de la douleur de l'aidante. Tout est là. Ces femmes qui prennent soin des personnes en perte d'autonomie et qui sont laissées dans une fatigue extrême. J'ai vécu tout cela pendant 17 années, à crier à l'aide. »

Faire son deuil

Avec cet album qui rassemble 57 textes de 28 poètes québécois, Chloé a vécu une véritable renaissance.

« Après cinq ans de deuil, je me sens libérée par la sortie du disque sur lequel j'ai beaucoup travaillé, a-t-elle dit. Mais, je suis apaisée, car je vais maintenant pouvoir revivre ».

À la musique, elle a donné entière liberté aux compositeurs Yves Desrosiers et Sylvie Paquette. Visiblement très inspirés, on sent leur plaisir des orchestrations et des accompagnements. À la réalisation, son complice de toujours bien sûr, Réjean Bouchard.

Pour exprimer le renouveau, elle s'est nourrie des mots des autres, de tous les grands poètes dont elle voue une grande admiration comme Fernand Ouellette, Anne Hébert, Hector de Saint-Denys Garneau et Claude Gauvreau. Chanté ou récité, elle interprète avant tout de la poésie.

« Je choisis moi-même les textes, a-t-elle ajouté. Je suis une boulimique de lecture. La poésie est éternelle, ce n'est pas un phénomène de mode. Un vers comme "t'extraire de la mort pour enfin t'auréoler", ça n'existe pas dans la chanson. La poésie, c'est une façon de réinventer la langue, de la rattraper ou de l'inverser. C'est unique. »

Et Chloé Sainte-Marie veut larguer les amarres. La sortie de son album coïncide avec une tournée de 150 représentations dès février prochain. Sur scène, l'artiste avoue ressentir l'énergie dont elle a vraiment besoin.

« Je veux reprendre contact avec le public, a-t-elle souligné. Je vais aller partout, au Québec, en France et en Suisse. La tournée va durer presque trois ans. Cela fait partie du processus de tout larguer. » Partir pour s'envoler, il y en a un là-haut qui doit être bien fier.

À la croisée des silences de Chloé Sainte-Marie. Distribution Sélect. Sortie le mardi 30 septembre.

[Source]